Chaque année, l’Edelman Trust Barometer scrute l’évolution de la confiance dans les institutions, et l'édition 2025 dresse un constat préoccupant : une "crise du grief" (« crisis of grievance ») s’installe, affectant directement la relation entre employeurs et employés. Face à cette défiance croissante, le rôle des directions des ressources humaines devient crucial pour restaurer la confiance et favoriser un climat social apaisé.
Face aux mutations profondes de l’économie mondiale, la peur du déclassement professionnel n’a jamais été aussi vive. Le baromètre révèle une inquiétude croissante parmi les salariés, exacerbée par la mondialisation, les tensions économiques et les avancées technologiques.
Mondialisation et insécurité professionnelle. Les effets de la globalisation pèsent lourdement sur le moral des travailleurs. 62 % d’entre eux redoutent l’impact des conflits commerciaux internationaux sur leur emploi, un chiffre en hausse de 5 points par rapport à l’an dernier. La crainte de la concurrence étrangère atteint 59 % (+6 points), tandis que 54 % des salariés perçoivent la délocalisation comme une menace grandissante (+6 points). Dans ce contexte, les entreprises doivent repenser leur positionnement et leur engagement auprès de leurs collaborateurs pour apaiser ces craintes.
L’ombre persistante des crises économiques. La volatilité économique alimente également l’incertitude. 63 % des employés s’inquiètent d’une récession imminente (+3 points), illustrant la fragilité ressentie face aux soubresauts du marché mondial. Cet environnement anxiogène exige des stratégies RH capables de rassurer et de renforcer la résilience des équipes.
L’impact du progrès technologique. Si l’innovation est souvent synonyme d’opportunité, elle est aussi source d’angoisse pour les travailleurs. 58 % craignent que l’automatisation ne rende leur poste obsolète (+5 points), et une proportion identique estime ne pas disposer de la formation nécessaire pour faire face aux nouvelles exigences du marché (+2 points). L’urgence est donc à la montée en compétences, un levier essentiel pour transformer ces menaces perçues en opportunités de développement professionnel.
🔹 Anticiper les évolutions des compétences : investir dans la formation continue pour réduire la peur du déclassement lié à la technologie.
🔹 Renforcer la communication interne : clarifier les stratégies d’entreprise face aux mutations économiques et technologiques pour rassurer les employés.
🔹 Miser sur la mobilité interne : proposer des transitions vers des postes moins exposés à l’automatisation.
🔹 Accompagner psychologiquement les salariés : mettre en place des dispositifs pour gérer le stress lié à l’incertitude de l’emploi.
La confiance envers les employeurs vacille en Europe, et les chiffres récents mettent en lumière un phénomène inquiétant : les salariés sont de plus en plus sceptiques quant à la capacité de leur entreprise à « faire ce qui est juste ». Cette érosion de la confiance, bien que globale, se manifeste de manière particulièrement marquée dans plusieurs pays proches du Luxembourg.
Un recul marqué en France et en Allemagne. Le climat social déjà tendu dans ces deux grandes économies européennes se reflète dans la perception des employeurs. En France, le niveau de confiance chute à 71 %, enregistrant une baisse significative de -6 points. L’Allemagne, quant à elle, connaît une tendance similaire avec un recul de -6 points, atteignant 69 %. Ces chiffres traduisent une inquiétude croissante face aux transformations du marché du travail, aux incertitudes économiques et aux tensions sociales accrues.
L’Italie et l’Espagne en perte de repères. Les économies du sud de l’Europe ne sont pas en reste. L’Italie affiche une diminution de -7 points, signalant une défiance de plus en plus forte envers les employeurs, qui peinent à rassurer face aux défis de l’automatisation et aux incertitudes financières. L’Espagne, de son côté, voit la confiance de ses salariés tomber à 64 %, l’une des plus basses de la région.
Les Pays-Bas et le Royaume-Uni suivent la tendance. Aux Pays-Bas, où le climat économique reste relativement stable, la confiance baisse néanmoins de -6 points. Ce recul traduit un malaise latent qui touche même les pays les plus résilients. De l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni voit son niveau de confiance tomber à 73 %, reflétant les incertitudes post-Brexit et les transformations rapides du marché de l’emploi.
🔹 Miser sur la stabilité et la prévisibilité : dans un environnement marqué par l’incertitude, les entreprises doivent se positionner comme des repères solides pour leurs employés. Une communication claire sur les perspectives économiques et les stratégies de croissance devient essentielle.
🔹 Accompagner l’évolution des compétences : avec des inquiétudes croissantes sur l’avenir du travail, renforcer la formation continue et la montée en compétences des collaborateurs est un levier indispensable pour restaurer la confiance.
🔹 Créer un climat social apaisé : face à la montée des tensions et des revendications, développer une culture d’entreprise basée sur la transparence, l’écoute et l’engagement collectif peut permettre de contenir la défiance et d’améliorer la rétention des talents.
La défiance envers les figures d’autorité atteint des sommets. Jamais les citoyens ne se sont sentis autant trompés, qu’il s’agisse des dirigeants politiques, des chefs d’entreprise ou même des journalistes. L’idée que ces acteurs « trompent volontairement » le public, en diffusant des informations erronées ou exagérées, s’est considérablement renforcée ces dernières années.
Les dirigeants politiques en première ligne. L’inquiétude à leur égard a bondi de +11 points, atteignant 69 % en 2025. Cette montée en flèche reflète un climat de suspicion croissante envers les gouvernements, pris entre des promesses non tenues et des crises successives qui érodent leur crédibilité.
Les chefs d’entreprise ne sont pas épargnés. Longtemps perçus comme des figures de stabilité, les leaders du monde des affaires suscitent aujourd’hui un scepticisme accru. 68 % des personnes interrogées estiment qu’ils manipulent l’information, un score en hausse de +12 points. Entre discours rassurants sur l’avenir et décisions parfois en contradiction avec ces engagements, la confiance s’effrite.
Les journalistes face à une remise en question brutale. Autrefois garants de l’objectivité et du contre-pouvoir, les médias ne sont pas épargnés par cette vague de méfiance. 70 % des sondés doutent désormais de leur intégrité, soit une augmentation de +11 points. L’influence croissante des réseaux sociaux, la polarisation du débat public et les accusations de partialité alimentent ce rejet.
🔹 Renouer avec la transparence : Les entreprises doivent redoubler d’efforts pour instaurer une communication honnête et authentique, sous peine de voir le fossé se creuser avec leurs collaborateurs.
🔹 Restaurer la crédibilité du leadership : La parole des dirigeants d’entreprise est aujourd’hui remise en cause. Il devient impératif de démontrer par des actes concrets la cohérence entre discours et décisions stratégiques.
🔹 Repenser la relation aux médias : Dans un environnement où les salariés doutent de la véracité des informations qui leur parviennent, il est essentiel d’adopter une posture de pédagogie et de fact-checking interne.
La peur d’être victime de discrimination, de préjugés ou de racisme atteint un niveau record en 2025. Cette tendance, qui touche l’ensemble du globe, se manifeste avec force en Europe, où plusieurs pays enregistrent des hausses significatives des inquiétudes liées à ces questions.
Une inquiétude croissante en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. La France enregistre une hausse de +10 points, atteignant 54 % des personnes interrogées qui expriment des craintes face à la discrimination. Un chiffre similaire est observé en Allemagne (+11 points, 53 %) et au Royaume-Uni (+11 points, 51 %), signalant une montée des préoccupations sur l’égalité de traitement et l’inclusion dans ces grandes économies européennes.
L’Italie et l’Espagne en première ligne. Les sociétés méditerranéennes ne sont pas épargnées. L’Italie affiche une augmentation de +13 points, atteignant 65 %, tandis que l’Espagne progresse de +15 points, à 70 %. Ces chiffres traduisent une préoccupation accrue face aux discriminations systémiques, notamment en lien avec l’emploi et l’accès aux opportunités économiques.
Les Pays-Bas et la Suède en progression. Bien que traditionnellement perçus comme des modèles d’inclusion, les Pays-Bas (+10 points, 47 %) et la Suède (+8 points, 39 %) voient également les inquiétudes grimper. Une évolution qui met en lumière un malaise grandissant au sein des populations de ces pays historiquement réputés pour leur ouverture sociale.
🔹 Renforcer les politiques d’inclusion et de diversité : Les entreprises doivent aller au-delà des engagements symboliques en instaurant des pratiques concrètes favorisant l’égalité des chances.
🔹 Créer des environnements de travail sécurisants : Face à la montée des inquiétudes, il est impératif de favoriser une culture d’entreprise où chaque collaborateur se sent respecté et protégé.
🔹 Sensibiliser et former les équipes : Déployer des programmes de formation sur les biais inconscients et la lutte contre les discriminations peut aider à transformer durablement les pratiques en entreprise.
L’espoir d’un avenir meilleur pour les générations futures s’amenuise à travers le monde. Seuls 36 % des personnes interrogées estiment que la prochaine génération vivra mieux qu’aujourd’hui, un chiffre qui illustre une crise profonde de l’optimisme, particulièrement marquée dans les économies développées.
Une Europe totalement désenchantée. La France se distingue par un pessimisme extrême : seulement 9 % de sa population pense que la prochaine génération connaîtra une vie meilleure. L’Allemagne et le Japon affichent des résultats à peine plus élevés, avec 14 % chacun. Cette défiance généralisée traduit une inquiétude croissante liée à l’emploi, au pouvoir d’achat et à la transition écologique.
Des perspectives sombres pour la jeunesse des grandes économies occidentales. En Italie (15 %), aux Pays-Bas (17 %), en Australie (17 %) ou encore au Canada (22 %), la situation n’est guère plus réjouissante. Ce manque de confiance dans l’avenir reflète un malaise structurel face à la précarisation du travail, l’endettement croissant des ménages et la difficulté d’accès à la propriété.
Des perspectives plus optimistes ailleurs. À l’inverse, certaines régions du monde conservent une vision plus positive de l’avenir. En Chine (69 %), en Inde (66 %) et en Arabie Saoudite (69 %), la majorité de la population pense que la génération suivante bénéficiera de conditions de vie améliorées. Ce contraste témoigne d’une foi plus grande dans la croissance économique et les transformations sociales en cours.
🔹 Réenchanter la promesse du travail : face à un avenir perçu comme incertain, les entreprises doivent redonner du sens aux parcours professionnels et offrir des perspectives d’évolution plus lisibles.
🔹 Miser sur la stabilité et l’attractivité : un climat de défiance rend la fidélisation des talents plus complexe. Renforcer la sécurité de l’emploi, garantir des conditions de travail épanouissantes et proposer des avantages concrets sont des leviers clés.
🔹 Accompagner les jeunes générations : les employeurs doivent s’engager davantage dans la formation, l’acquisition de nouvelles compétences et l’adaptation aux mutations du marché du travail, afin de contrer ce sentiment de déclassement.
Le Edelman Trust Barometer 2025 met en lumière une exigence croissante à l'égard du monde de l'entreprise. Dans un contexte de défiance généralisée et de crispations sociales, les attentes des employés et du grand public se cristallisent autour de plusieurs axes majeurs :
Pour accéder au rapport complet : https://www.edelman.com/trust/2025/trust-barometer