L’automatisation frappe de plus en plus le secteur financier, et ce sera sans plus douloureux qu’annoncé sur l’emplio.
L’annonce par DBS, la plus grande banque de Singapour, de la suppression de 4 000 postes sur trois ans en raison de l’automatisation par l’intelligence artificielle (IA) marque un tournant pour le secteur bancaire mondial. Cette transformation, qui touchera principalement les employés sous contrat et temporaires, illustre un phénomène plus large déjà à l’œuvre dans de nombreuses places financières, dont le Luxembourg.
Avec l’automatisation croissante des tâches administratives et opérationnelles, les institutions bancaires adaptent leur modèle d’affaires pour intégrer les technologies d’IA. DBS exploite déjà plus de 800 modèles d’IA couvrant 350 cas d’usage, avec une prévision d’impact économique de plus de 745 millions de dollars en 2025. Cette trajectoire souligne une tendance globale : la substitution de certaines fonctions humaines par des algorithmes plus efficaces.
Au Luxembourg, près de 30 % des emplois sont liés au secteur financier, soit environ 135 000 postes selon un rapport de Luxembourg for Finance et Deloitte. L’enjeu de l’automatisation et de l’IA est donc crucial pour anticiper les futures dynamiques de l’emploi.
Menace réelle sur l'emploi bancaire
Contrairement aux craintes d’une destruction massive de postes, l’évolution technologique tend à transformer plutôt qu’à remplacer complètement les emplois. Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, affirme ainsi que l’IA ne sera pas un “destructeur de masse” mais forcera une adaptation des compétences. DBS illustre cette dynamique en prévoyant parallèlement la création de 1 000 postes liés à l’IA.
Toutefois, les chiffres de DBS, rapportés par la BBC, montrent une réalité plus nuancée : sur les 4 000 postes supprimés, seuls 1 000 nouveaux postes seront créés, soit un taux de remplacement de seulement 25 %. Cette proportion qui suggère donc que l’IA pourrait représenter une menace pour l’emploi si l’anticipation et l’adaptation des compétences ne sont pas au rendez-vous - ou pas nécessaires.
Au Luxembourg, cette mutation se traduit déjà par une demande accrue de compétences en data science, cybersécurité et automatisation des processus robotiques (RPA). Les banques et les gestionnaires d’actifs investissent massivement dans ces technologies, en témoigne le développement de nombre d’initiatives destinées à accompagner la transition digitale des institutions financières.
Une transformation inéluctable
L’exemple de DBS préfigure une tendance qui s’imposera progressivement au Luxembourg : une automatisation accrue des tâches répétitives, mais aussi la création de nouveaux emplois à forte valeur ajoutée. Cependant, avec un taux de remplacement des postes supprimés aussi bas que 25 %, le risque de perte nette d’emplois est bien réel.
Pour les DRH du secteur financier luxembourgeois - entre autres - l’enjeu est d’anticiper cette évolution pour adapter leurs stratégies de recrutement et de formation, tout en préservant la compétitivité de la place financière. L’IA n’est pas qu’un catalyseur de transformation : mal anticipée, elle pourrait devenir un facteur d’érosion de l’emploi.
C’est aussi un enjeu croissant de culture et de communication : on oublie parfois dans un marché de candidats que l’attrition peut venir des deux côtés. Les entreprises, et en particulier les DRH, peuvent être tentées d’accélérer les suppressions de postes sous couvert de modernisation.
Mais en agissant trop brutalement, elles risquent de fragiliser leur attractivité et de perdre des talents précieux dans un marché où la concurrence pour les compétences clés s’intensifie. Si l’IA redistribue les cartes, encore faut-il que les employeurs sachent jouer la bonne main.